La désextinction du bluebuck : comment une entreprise américaine souhaite redonner vie à une espèce éteinte - BLUEBUCK

La désextinction du bluebuck : comment une entreprise américaine souhaite redonner vie à une espèce éteinte

Il y a quelques semaines, une nouvelle a secoué le monde scientifique : une start-up texane, Colossal Biosciences, a annoncé travailler secrètement depuis 2024 à ramener à la vie le bluebuck, une antilope bleue disparue il y a plus de deux siècles. CNN en a parlé. Time Magazine en a parlé. Le Telegraph en a parlé.

Et nous, chez Bluebuck, on a reçu des messages de proches nous envoyant des articles avec le commentaire très original : "C'est vous ça ?". Eh bien oui, c'est un peu nous. Permettez qu'on vous raconte.

Qui était (est ?) le bluebuck ?

L'antilope bleue bluebuck

Le bluebuck (ou Hippotragus leucophaeus pour les latinistes), était une antilope bleue de taille moyenne qui vivait dans les prairies côtières du sud de l'Afrique du Sud. Un animal élégant, mesurant environ 1,20 m au garrot et 3 m du museau à la croupe, avec de longues cornes noires recourbées vers l'arrière atteignant près de 60 cm, et surtout un pelage d'un bleu-gris pâle absolument remarquable.

Quand il courait à pleine vitesse, on dit qu'il ressemblait à un trait de ciel bleu filant dans la savane à 80 km/h. Cette couleur provenait probablement d'un mélange subtil de poils noirs et jaunes. La nature avait du style.

Son régime était sélectif et il vivait en petits troupeaux de 5 à 30 individus. Quatre ou cinq spécimens montés ont survécu jusqu'à nous, conservés dans des musées à Vienne, Stockholm, Paris, Leiden, et peut-être Londres depuis l'authentification récente d'une paire de cornes au Natural History Museum.

L'antilope bleue bluebuck

Comment l'antilope bleue bluebuck a disparu ?

L'histoire est, hélas, d'une banalité consternante.

Les populations de bluebucks avaient déjà commencé à décliner il y a environ 3 000 ans avec les changements climatiques et la transformation progressive des prairies. Un premier coup dur autour de 400 après J.-C. avec l'introduction de l'élevage dans la région, notamment les moutons, qui ont pillé ses herbages préférés et fragilisé l'espèce bien avant l'arrivée des Européens.

Mais le coup de grâce, c'est la colonisation qui l'a administré avec une efficacité redoutable : en à peine 150 ans, entre 1650 et 1800, la chasse intensive pour sa peau et la conversion de son habitat en terres agricoles ont eu raison des derniers individus.

Le dernier bluebuck connu a été tué en 1799, dans la région de Swellendam. On notera que l'espèce a été scientifiquement décrite pour la première fois en 1766. Elle a donc survécu exactement 33 ans à sa propre découverte officielle. Un record d'ingratitude de la part de l'humanité qu'on espère ne jamais battre.

Et maintenant, le grand retour du bluebuck

C'est là que Colossal Biosciences entre en scène, avec ses grands moyens, ses investisseurs célèbres (Peter Jackson, Paris Hilton, Tom Brady et Tiger Woods, parce que visiblement la paléontologie génétique c'est le nouveau golf) et une ambition qui n'est pas sans rappeler un certain film de Spielberg.

La société a déjà présenté au monde des louveteaux ressemblant au loup terrible, disparu depuis 10 000 ans, et travaille en parallèle sur le mammouth laineux, le dodo et le tigre de Tasmanie. Rien que ça.

Pour le bluebuck, le protocole est le suivant : extraction d'ADN depuis un spécimen du Musée naturel de Suède, séquencé 40 fois pour garantir l'exactitude génétique, puis identification des variants responsables du pelage bleu-gris, des taches blanches et des longues cornes. Le roan, parente vivante la plus proche, sert à la fois de modèle cellulaire et de mère porteuse. La différence génétique entre les deux espèces représente 3% du génome, soit 18 millions de variants, réduits après filtrage à environ 20 000 vraiment pertinents pour le phénotype… Bref : après 278 jours de gestation, la femelle roan porteuse donnerait naissance à un faon de bluebuck reconstitué.

"En 1777, nous avons exploité une créature et l'avons menée à l'extinction. Il est désormais de notre responsabilité de corriger cette erreur."
— Dr. Darya Tourzane, spécialiste en biologie de la reproduction chez Colossal

Ce qui rend le projet plus intéressant encore que sa seule dimension spectaculaire : les techniques développées pour le bluebuck ont vocation à être réutilisées pour des espèces d'antilopes encore vivantes mais menacées, comme l'addax, l'hirola ou la gazelle dama.

Sur les 90 espèces d'antilopes recensées dans le monde :

  • 29 sont aujourd'hui menacées d'extinction
  • 55 voient leurs populations décliner.

Des critiques font remarquer, non sans raison, que l'argent investi ferait aussi beaucoup de bien à ces espèces en danger qui, elles, n'ont pas encore disparu. Le débat est légitime et il mérite d'être posé.

Notre lien avec tout ça

Quand la marque Bluebuck a été fondée, le nom n'était pas un hasard. Le buck, l'animal à cornes, le mâle tout court, s'est imposé à nous. Un buck associé à la couleur bleue, une couleur bien naturelle, celle de la mer et du ciel. Et Bluebuck, c'est aussi une antilope africaine disparue, bleue, rare, victime de l'activité humaine et de l'agriculture intensive. Il y avait là quelque chose qu'on n'a pas jugé utile d'expliciter à l'époque, parce qu'on n'aime pas les discours, mais qui était bien présent : faire des choses bien, avec des matières qui respectent ce qui nous reste de planète, sans en rajouter au désastre.

La renaissance du bluebuck est une histoire de réparation. La nôtre, à notre humble échelle de fabricant de sous-vêtements en coton bio certifié GOTS, fabriqués au Portugal à l'énergie renouvelable, c'est aussi modestement une façon de ne pas ajouter de problèmes à la liste.

On ne prétend pas sauver les antilopes. Mais on trouve que quelqu'un qui essaie mérite qu'on en parle.

Et puis avouons-le : on est quand même un peu fiers que notre nom soit, en ce moment, dans les colonnes de CNN.